Rabbi Nahman de Breslev fut le chef spirituel de la quatrième génération du mouvement hassidique, le fondateur de la Hassidout de Breslev, un des plus importants et des plus actifs courants du hassidisme et du judaïsme, de nos jours encore et de plus en plus profondément.Au 18 ème siècle, période extrêmement sombre et douloureuse pour la population juive d’Europe centrale, le Baal Chem Tov apporte un message nouveau qui réanimera la flamme de l’amour de la Tora dans les cœurs de tous les Juifs. En fondant le hassidisme, il redonnera à sa génération des raisons d’espérer tant sur le plan individuel que collectif et offrira une voie grâce à laquelle de nombreux Juifs resteront attachés au judaïsme.
Rabbi Nahman de Breslev est né le 1 er Nissan 5532 (4 avril 1772) dans la maison du Baal Chem Tov, à Médjibouz, en Ukraine, où la population juive s’est réfugiée pour échapper aux persécutions antisémites. Sa mère, Feygeh, était la fille d’Odèle, la fille du Baal Chem Tov et son père, Rabbi Simha, était le fils de Rabbi Nahman Horodenker, l’un des plus proches disciples du Baal Chem tov et Rabbi Nahman porte son nom.
Déjà, à l’époque du Baal Chem Tov, les maîtres de l’érudition s’étaient opposés à son enseignement et une semaine après la naissance de Rabbi Nahman de Breslev, un décret fut lancé contre le hassidisme. Nombreux furent les disciples du Baal Chem Tov qui se regroupèrent à Medjibouz
Rabbi Nahman grandit dans une ambiance hassidique et kabbalistique. Dès sa plus tendre enfance, conscient de sa destinée, il se consacre profondément à l’étude de la Tora, et aborde très tôt les secrets de la Kabbale. Rabbi Nahman de Breslev s’isole fréquemment, jeûne la plupart du temps, prie des heures entières et effectue un travail intense sur lui-même dans le but d’élever son âme et de se rapprocher du Créateur.
Immédiatement après sa Bar Mitsva, il épouse Sashia, la fille de Rabbi Ephraïm de Houssyatin. Après son mariage, il s’en va habiter chez son beau-père dans le district de Kiev et c’est là qu’il attire ses premiers disciples par sa personnalité particulière. C’est le jour même de son mariage qu’il rencontre Shimon, son premier élève.
La nature particulière en Podolie influe énormément sur la formation de sa personnalité et sur la voie dans laquelle il s’engagera. Au bout de quelques années, Rabbi Nahman s’en va à Medvédèvka, toujours dans le district de Kiev où, pour la première fois, il est reconnu comme faisant partie des dirigeants hassidiques de sa génération et comme une importante personnalité.
C’est également à ce moment que débutent les conflits qui l’opposent aux autres chefs spirituels de l’époque. Un des principaux arguments de Rabbi Nahman contre eux, est le fait qu’alors que le Baal Chem Tov avait tenté d’engendrer une révolution spirituelle à partir du fondement de la hassidout, révolution qui devait toucher à tout processus de la vie juive, spirituel et matériel. Selon lui, cette conception n’avait pas été respectée par de nombreux chefs spirituels qui s’étaient contentés de fonder leur propre communauté, d’en tirer un statut et un titre honorifique de vivre de l’argent de leurs disciples et c’est là que s’arrêtait leur influence sur leur génération. Rabbi Nahman était d’avis qu’il fallait influer sur le monde entier et redonner au hassidisme le prestige qu’il méritait.
En 1798, Rabbi Nahman part en Erets Israël où il parfait son élévation spirituelle. Il se rend tout d’abord à Tibériade, qui est devenu le centre des hassidim du Baal Chem Tov en Erets Israël puis à Tsfat et à Meron. Son voyage aura marqué un tournant chez Rabbi Nahman et dès lors, il a coutume de dire : «Partout où je vais, je me dirige vers Erets Israël» De retour à Medvédevka, il se sent en mesure de marquer l’ensemble du Peuple juif pour toutes les générations.
Après son retour, il s’installe à Zlatipolia, toujours dans le district de Kiev et y réside durant deux ans. La controverse qui l’oppose aux autres chefs spirituels de sa génération, se poursuit et il a usage de dire que tout seul, le «Mauvais penchant» a du mal à détourner l’homme du droit chemin et que c’est la raison pour laquelle il a installé tant de rabbins dans la région, pour qu’ils lui donnent un coup de main. L’un de ses plus virulents opposants est le rabbi Arié Lev de Shpolé. C’est en faisant allusion à ce rabbi que Rabbi Nahman avait usage de recommander à ses disciples de ne pas se laisser aller à vieillir et de dire que l’homme devait toujours aspirer au renouveau. Il est contraint de quitter Zlatipolia et se rend à Ouman. Lorsqu’il apprend que 30 ans auparavant, 30 000 Juifs furent massacrés à Ouman en sanctifiant le Nom de D-ieu, il recommande à ses proches de venir l’enterrer le jour venu à Ouman, avec les victimes de ce massacre.
En 1802, Rabbi Nahman s’installe à Breslev et la plupart de ses célèbres disciples, dont Nathan Sternhartz, qui devint son bras droit, se joignent à lui. Rabbi Nathan consacrera toute sa vie à transcrire, à enseigner et à diffuser l’enseignement de son Maître. C’est à cette époque que la hassidout de Rabbi Nahman prend le nom de Breslev.
Les dernières années de sa vie, Rabbi Nahman souffre de la tuberculose et il ira jusqu’à Levov pour trouver un remède à sa maladie, mais les médecins s’avoueront incapables de lui venir en aide. Rabbi Nahman décide de partir vivre ses derniers moments à Ouman. Rabbi Nahman s’éteindra le 18 Tichri 5571, à l’âge de 38 ans de la tuberculose. Avant de quitter ce monde, il avait annoncé : «Ma flamme flambera à jamais. Elle ne s’éteindra pas ! Elle flambera jusqu’à la venue du Machiah !»
Quelques années avant sa disparition, Rabbi Na’hman avait réuni deux témoins, eux-mêmes Tsadikim, Rabbi Aharon de Breslev et Rabbi Naftali de Némirov et fait devant un sefer Tora un serment que personne n’a jamais fait avant ou après lui : « Même quand mes jours seront terminés, celui qui viendra sur ma tombe réciter les dix psaumes du Tikoun Haklali et qui donnera une pièce de Tsédaka en ma mémoire, même si ses fautes et ses péchés se sont multipliés sans limite, D-ieu en préserve, alors j’utiliserai ma force et m’étendrai en long et en large pour le réparer, je le sortirai du plus profond de l’enfer »
Rabbi Nahman de Breslev avait eu huit enfants. Ses garçons étaient morts de son vivant et ses filles étaient encore jeunes. Elles ne se marièrent pas à des hassidim de Breslev. Après sa mort, Rabbi Nahman n’eut pas d’héritier et Rabbi Nahman avait toujours dit qu’il voulait que son action perdure après sa disparition de ce monde. C’est pourquoi les disciples de Rabbi Nahman disent que leur Rabbi est toujours présent, que même s’il ne l’est plus au sens physique, ses conseils et ses recommandations les accompagnent et qu’il continue de les guider et de les aider à se rapprocher de D-ieu. Conformément à la tradition hassidique, qui veut que les disciples se rendent auprès de leur rav une fois par an, les élèves de Rabbi Nahman ont l’habitude d’aller chaque année à Ouman. Ces dernières années, des milliers de Juifs vont à Ouman tout au long de l’année et en particulier à l’occasion de Roch Hachana, de chabat Hanouka et de Chavouot. Parmi eux, de nombreux Juifs qui ne sont pas des élèves de Rabbi Nahman et de nombreux Juifs qui ne sont même pas religieux. Tous se rendent à Ouman et y puisent des forces.
La date la plus importante pour Rabbi Nahman, reste Roch Hachana. En effet, il avait proclamé que ce jour-là, il avait la force de réparer et d’aider tout homme quel qu’il soit. L’an dernier, 25 000 Juifs se sont rendus à Ouman. La plupart d’entre eux viennent d’Israël, mais il en est aussi qui viennent des Etats-Unis, de France, d’Angleterre, de Mexico…
Ces dernières années, certains hassidim de Breslev tentent d’obtenir l’inhumation de Rabbi Nahman en Israël. Cela a entraîné une division au sein de la hassidout, d’autres hassidim affirmant que c’est Rabbi Nahman lui-même qui avait demandé à reposer à Ouman.
Rabbi Nahman a ouvert une voie nouvelle dans la hassidout, en insistant sur l’importance de la joie, de la prière, de la foi simple et naïve:
«Il ne faut jamais se décourager, il faut toujours se réjouir !»
« Si tu crois que l’on peut détruire, ai foi que l’on peut réparer! »
« Le désespoir n’existe absolument pas! Même si l’homme transgresse toute la Thora des milliers de fois, il doit avoir foi qu’il peut recommencer encore à nouveau. C’est cela la Foi parfaite en Dieu car Ses bontés se renouvellent chaque matin et infinie est sa bienveillance »
« Lorsqu’un homme sait que tout ce qui lui arrive est pour son bien, cette qualité est le reflet du Monde Futur! »
« Mieux vaut le simple qui croit à tout que le sophistiqué qui ne croit à rien. Car en croyant à tout, on en viendra éventuellement à croire aussi au vrai. Tandis que le sophistiqué, en niant tout, niera aussi la vérité ! »
Il recommandait à ses disciples d’éviter la recherche philosophique, « de ne pas s’embrouiller l’esprit dans des précisions, ni de buter sur les incompréhensions et de comprendre chaque sujet avec simplicité, de terminer le livre du début à la fin et ensuite de le recommencer : les sujets s’éclairciront d’eux-mêmes au fil des lectures » Il insistait sur l’importance majeure de l’étude de la Tora :
« La Torah est infiniment puissante ! Elle arrachera le pécheur aux pires de ses dépravations! »
« On doit fixer un temps pour l’étude. Et si on est dépassé par ses occupations, on devra »voler » de son temps pour se consacrer à la Torah ! »
Il insistait sur l’importance d’Erets Israël : « Il est impossible, pour celui qui veut être un véritable juif, de le devenir sans la Sainteté de la Terre d’Israël »
Pour Rabbi Nahman, la joie est primordiale et il faut s’écarter de la tristesse et du désespoir :
« La joie est un devoir religieux, au même titre que les autres mitsvot »
« La véritable joie est atteinte en ne regardant que ce qu’il y a de bon en nous-mêmes, chez autrui et dans toutes les situations »
« Le monde entier est un pont très étroit, l’essentiel est de ne pas avoir peur du tout ! »
La notion du courage est également essentielle chez Rabbi Nahman : « Sois fort et courageux! »: chaque homme a une mission à accomplir sur cette terre, il doit se renforcer et ne jamais se décourager, s’il ne se décourage pas, D-ieu l’aidera.

















