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Dans le judaïsme, la période entre Pessah (Pâque) et Shavouot (Pentecôte) s’appelle ‘le décompte de l’Omer’ puisque suivant la Tora il fallait compter sept semaines à partir du moment où l’on avait apporté la première gerbe de la moisson au Temple de Jérusalem le lendemain de Pessah (Lévitique 23, 15-16). Cette période est devenue à partir de la deuxième moitié du 2ème siècle après J.C. un temps de deuil et de pénitence. Suivant les sources rabbiniques, le 33ème jour de l’Omer (Lag = 33) l’épidémie mortelle qui a tué 24000 élèves de Rabbi Akiva s’est arrêtée. En fait, il s’agirait plutôt d’une allusion à la révolte de Bar Kochba contre les Romains en 135 qui s’est terminée par un bain de sang et l’abandon d’un rêve d’autonomie politique. Rabbi Akiva, qui avait soutenu de son autorité morale la rébellion contre les occupants romains, a trouvé la mort avec nombre de ses disciples. Depuis, la tradition a fixé que les trente-trois premiers jours de l’Omer seraient des jours de deuil où il est interdit de se marier, de se couper les cheveux et de se raser la barbe. Le 33ème jour de l’Omer où « l’épidémie s’est arrêtée » est devenu un jour où l’on peut à nouveau se réjouir et où les restrictions mentionnées ci-dessus sont levées.

Une seconde tradition liée à Rabbi Shimon Bar Yohaï, disciple de Rabbi Akiva, viendra se greffer sur la première et la supplanter. Le 33ème jour de l’Omer est devenu, à partir du 16ème siècle, lorsque des juifs expulsés d’Espagne rejoignent la Terre d’Israël et s’installent en Galilée, le jour anniversaire de la mort de Shimon Bar Yohaï. La tradition l’appelle la Hilloulah de Rabbi Shimon Bar Yohaï, c’est-à-dire mariage de Rabbi Shimon Bar Yohaï, parce que le jour du décès est vu comme une entrée dans la Gloire et une union avec Dieu. Le terme de Hilloula n’est attribué qu’aux grands maîtres qui sont vénérés comme des saints. Shimon Bar Yohaï est considéré comme l’auteur du livre du Zohar (livre de la Splendeur), ouvrage fondamental de la Kabbale que certains cercles religieux considèrent comme un livre saint au même rang que la Bible et le Talmud. Ecrit en araméen, le livre fut en fait rédigé au 13ème siècle par Moise de Léon qui, pour lui conférer une autorité, l’a attribué au grand maître du 2ème siècle. Le livre connut un succès fulgurant et le mouvement cabbalistique pris de l’ampleur. L’ouvrage s’ouvre par le récit de la mort de Shimon Bar Yohaï (le 33ème jour de l’Omer) qui réunit ses disciples autour de lui et leur révèle les secrets de la Tora. Ces secrets sont contenus dans le livre du Zohar.

Le pèlerinage à Méron

La première mention de la Hilloulah de Rabbi Shimon Bar Yohaï se trouve dans le livre Shaar haKavanot attribué à Rabbi Isaac Louria, de la fin du 16ème siècle. Ce n’est qu’au 18ème siècle, avec le mouvement hassidique, que le 33ème jour de l’Omer devient une fête de plus en plus marquée par certains courants religieux. Les traditions se multiplient et se transportent dans les communautés juives du monde entier y compris les communautés d’Afrique du Nord qui vont particulièrement célèbrer ce jour. La coutume la plus répandue est d’allumer des feux de joie pour rappeler que Shimon Bar Yohaï a transmis les secrets de la Tora qui est un feu qui brûle et réjouit. Elle est une lumière dans la nuit. On se rend en pèlerinage sur la tombe de Rabbi Shimon Bar Yohaï, située à Méron, petite bourgade de Galilée, à 15 km environ au nord-ouest du lac de Tibériade et à quelques kilomètres seulement de la ville de Safed, haut-lieu de la Kabbale. Selon la tradition, au 16ème siècle, Rabbi Isaac Louria, identifia miraculeusement les tombeaux des maîtres de l’époque du talmud.

Les festivités commencent la veille à midi où depuis 162 ans des milliers de fidèles vont chercher un rouleau de la Tora datant de l’expulsion d’Espagne et qui se trouve dans la synagogue d’Abouhav dans la veille ville de Safed. De là, ils processionnent jusqu’à Méron. Le soir, à l’apparition des étoiles, des centaines de feu sont allumés et les hassidim dansent en farandole jusqu’à l’aurore. A partir de minuit et la journée du lendemain, on coupe pour la première fois les cheveux des garçons qui ont atteint l’âge de 3 ans pour qu’ils apprennent le commandement des péotes, cette mèche de cheveux qui descend des deux côtés de la tête au-dessus des oreilles (Levitique 19, 27).
Après avoir abattu rituellement un animal, les fidèles ont pour habitude de manger et de boire le plus près possible de la tombe et de lui faire des prières et des demandes.

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