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Par Rav Itzhak Besançon       

Voici une anecdote qui, aux Etats-Unis, date de quelques années. Il y eut à cette époque un mouvement d'éveil religieux parmi les jeunes. Par centaines, ceux-ci affluèrent aux portes des Synagogues et des Yéshivoth. Ayant constaté la faillite du système matérialiste et son incapacité de procurer à l'homme un programme digne de ses aspirations profondes, cette jeunesse se mit à la recherche de vérités élevées. Très nombreux furent ceux qui parvinrent à accomplir une grande Techouvah.

Un "hippy" entra un jour dans un centre 'hassidique . En quête d'interlocuteur, il rencontra un vieillard qui s'affairait à ranger des livres et qui lui sembla disponible au dialogue. Après un échange de quelques paroles bienveillantes, le vieillard témoigna au "hippy" son désir de l'aider à sa façon, bien que la communication entre les deux hommes soit réduite aux plus simples expressions.

Il n'était pas question de philosopher, ni le langage ne le permettait, ni la sobriété évidente du vieil homme ne s'y prêtait. Alors, le jeune homme sentant malgré tout qu'il pouvait apprendre quelque chose d'important aujourd'hui, questionna tout directement :

-Mais comment fait-on pour faire Techouvah?

-Si je le savais moi-même!.. répondit spontanément le vieux 'Hassid avec un profond soupir.

Le hippy fut très impressionné par la modestie du 'Hassid. De toute évidence, cet homme avait lutté toute une vie pour affiner ses sentiments, se rapprocher de Dieu! Qui sait s'il n'était pas rescapé des camps et de quel héroïsme il avait été capable...et puis, pour parvenir à quatre vingts ans avec une jeunesse de coeur aussi rayonnante! L'homme avait sûrement très longtemps travaillé. Et voici la réponse qu'il donnait: "Si je le savais moi-même..."

Une fois passé le stade de l'admiration, je jeune homme ressentit une sorte de manque: finalement, il n'avait pas reçu la réponse qu'il attendait. C'est ce qui lui semblait du moins. Mais le vieil homme l'avait ensuite invité à un bon petit déjeuner et il en garda un beau souvenir.

Ce n'est que plusieurs années plus tard, que lentement la phrase se décanta, se clarifia puis s'imposa dans toute sa grandeur. Oui, c'était bien la réponse: "Si je le savais moi-même..."

Un homme capable 'avouer qu'il ne sait pas est un homme qui a fait une vraie Techouvah. C'est cela la réponse: se remettre constamment en question, avouer ses limites, reconnaître sincèrement que l'on ne sait pas. A quelle "connaissance" peut-on prétendre dans une vie qui évolue, change si vite et de façon parfois si surprenante? S'en remettre complètement à Dieu, avouer son ignorance et chercher, telles sont les clés de la Techouvah, telle est la leçon que nous pouvons tirer de cette histoire.

*

Dans le calendrier, le 14 du moi Iyar est nommé Pessa'h Shéni, le deuxième Pessa'h. Très peu de gens savent à quoi correspondent cette fête, ni ce qu'elle nous indique, à nous, aujourd'hui. Pourtant, elle recouvre un principe fondamental, indispensable à tous ceux qui voudront se rapprocher vraiment de la Torah (quel que soit leur point de départ ou leur situation actuelle).

Avant de quitter l'Egypte (à laquelle tout autre exil est comparable), nos ancêtres reçurent l'ordre d'immoler un agneau: c'est le Sacrifice de Pessa'h. Il s'agissait de prendre l'animal qui symbolisait la prospérité, l'idéal du matérialisme, et d'élever vers le Dieu Unique, puis de le consommer avec des herbes amères et de galettes de Matsoth. Mais ce rituel comporte des lois très strictes: l'élévation ne peut se faire qu'en suivant des directives précises. Ainsi, toute personne qui ne remplissait pas les conditions voulues n'avait pas le pouvoir de remplir cette élévation: il lui était formellement interdit de le faire : les gens souillés ou impurs durent renoncer à immoler le Korbane Pessa'h.

Lorsque nous arrivons devant une impossibilité d'accomplir une Mitsvah, lorsque la Loi elle-même nous refuse le privilège de nous élever, il y a trois réactions possibles:

1) Se résigner, baisser les bras, se dire "Tant pis pour moi, j'aurais bien voulu faire cette Mitsvah, mais ce ne m'est pas permis"...Triste réaction qui entraîne en général un relâchement et laisse sombrer le coeur dans un espèce de fatalisme qui n'est pas juif du tout.

2) Se fâcher, se mettre en colère, se dire: "Comment, moi qui voulais me purifier, m'améliorer, voilà qu'on me barre la route! Eh bien si c'est cela, je vais tout lâcher!" De même racine que la première mais plus violente, plus active: cette fois l'esprit de frustration amènera à de l'animosité, extrême inverse du but que l'on se proposait au départ. C'est l'absurde.

3) Constater le problème. Sans perdre espoir chercher une solution (au lieu de considérer le problème en lui-même). Constater son impureté comme un fait accompli, et sans s'y résigner, frapper aux portes pour trouver le salut...C'est la seule solution valable, la seule réaction vraiment positive.

Un groupe d'Israélites s'était trouvé impur au moment de la sortie d'Egypte. Ils n'avaient pas renoncé à participer eux aussi au mouvement de tous leurs frères vers Dieu. Ce groupe se rendit chez Moshé et fit la requête suivante:

"Certes, nous sommes impurs, mais pourquoi serions-nous privés d'immoler le sacrifice de Dieu?" (Nombres 9:7)

Ils ont constaté leur état, se sont rendus chez le Tsadik et ont demandé un amendement. Il y a de l'espoir. Moshé ignore lui-même par quel biais ces âmes sincères pourront, elles aussi, bénéficier du privilège, il se dévoue pour leur cause et va plaider auprès de l'Eternel.

Alors la merveille s'accomplit! L'Eternel brise pour eux, les chaînes de l'impossible. Dieu répondra çà Moshé: "Qu'ils fassent le Korbane un mois plus tard..." (Ibid). Aussi transcendante qu'inattendue, cette solution provient de l'intervention du Tsadik auprès du Tout-Puissant. Mais pour se "déclencher", il fallait que ces fidèles (momentanément impurs) se relèvent de l'abattement et se mettent en quête d'une solution...

Il en est de même pour chacun, dans chaque génération; c'est la leçon intemporelle que nous enseigne cet épisode. Lorsqu'on se sent impur (impropre, inapte) à s'approcher de la Torah et du Service Divin, admettons-le d'abord. Mais qu'on ne s'en offusque pas. Qu'on ne renonce pas pour autant à trouver sa réparation. Qu'on se mette en recherche de Tsadikim, de fidèles vraiment attachés à Dieu et qu'on leur fasse état de la situation. Cette forme d'humilité, de courage vaudra la plus grande Clémence du Ciel: Dieu enverra dans le coeur des Justes les solutions dont ils ont besoin. Aussi imprévus que Pessa'h Shéni, des amendements seront alors "créés" pour nous. (Des manières de se rattraper qu'aucune logique humaine n'aurait pu prévoir).

Aucune impureté n'est irréparable. Si le moyen échappe à notre imagination consultons ceux qui pourront nous aider à le trouver! La pureté de leur prière, le véritable amour pour leurs frères, les éclaire pour nous guider! Chassons tristesse, colère et frustration: ces sentiments nous "bloquent", beaucoup plus que toutes les souillures du monde.

Que l'on s'observe calmement, sans amertume et sans révolte, et que l'on se dise: "Certes, je suis impur, mais pourquoi ne pas chercher quand même à m'améliorer?"

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